BAUDELAIRE ET LES FLEURS DU MAL
Charles Baudelaire n'a jamais accepté le remariage de sa mère avec Aupick alors qu'il n'avait que sept ans. Est-ce là la cause de son esprit rebelle ? Toujours est-il qu'il se fait exclure du lycée Louis-le-Grand, fermement décidé à mener une vie de dandy. Décision contrariée par son beau-père, qui le fait embarquer de force sur un paquebot en direction des Indes, puis qui place sous tutelle judiciaire la fortune héritée de son père et menacée d'être rapidement dilapidée. Contraint de travailler, Baudelaire se consacre à la critique d'art et à la traduction des oeuvres d'Edgar Poe. En 1857 paraissent 'Les fleurs du mal' , recueil de vers exaltant la beauté en germe dans toute perversité, dans toute souffrance. L'ouvrage est condamné pour 'outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs'. Il faut dire que le poète fait fi des valeurs bourgeoises triomphantes en ce siècle. Il s'éteint prématurément, le corps rongé par la syphilis, l'alcool et autres substances hallucinogènes. Son oeuvre fonde la modernité poétique, en particulier le symbolisme.
LES FLEURS DU MAL
Le génie de Charles
Baudelaire, romantique de tempérament, d'admirations (Hugo ou Sainte-Beuve) et de fréquentations (Gautier, Borel), mais conscient de la validité de certains
arguments et valeurs des formalistes de 1850 (travail, maîtrise, rigueur) est
d'avoir su inventer, en plein cœur de ce débat essentiel, une solution qui le
mette à l'abri des pièges du lyrisme intempérant comme de la froideur
parnassienne ou néo-classique.
L'ITINÉRAIRE DES FLEURS DU MAL:
Chef-d'œuvre
précisément de la production poétique de Baudelaire, ses Fleurs du mal de
1857 sont à l'image des tensions et de la dynamique qui animent l'esprit de
la modernité. L'édition définitive offre la structure suivante :
LA POÉTIQUE BAUDELAIRIENNE:
ENTRE CLASSICISME... Malgré ses louanges, Rimbaud reprochera plus tard à Baudelaire de n'avoir pas vu que " les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles ". L'auteur des Fleurs du mal, c'est vrai, n'est pas un grand novateur en matière de poétique. L'usage répété qu'il fait de l'alexandrin, du quatrain à rimes plates et du sonnet le prouve assez. Opposera-t-on à cela les " petits poèmes en prose " du Spleen de Paris, ce recueil disparate, conçu à l'imitation du Gaspard de la nuit, d'Aloysius Bertrand ? Certes, la souplesse de la phrase, la discontinuité des séquences et quelques audaces lexicales y servent bien la volonté du créateur de traduire son errance difficile dans " le grand désert d'hommes " du monde moderne. Néanmoins, et même si l'on excepte le phénomène des nombreux " doublets ", l'écriture de Baudelaire, loin d'inventer dans la prose un espace nouveau d'expression paraît rester en deçà d'elle-même et souffrir de l'antériorité à la fois chronologique et esthétique du vers. ... ET IMAGINATION Mais dans tous les cas, l'originalité de Baudelaire est ailleurs : dans un subtil travail de l'imaginaire poétique. Pour lui, en effet, l'imagination, qui " est la plus scientifique des facultés ", ne doit être ni simple pouvoir d'ornementation ni creuset de fantasmes et de délires, non pas " fancy " mais, comme chez Edgar Poe, " constructive imagination ". Puisque l'existence échoue toujours face à la dérobade de l'essence et du sens, il faut donc imaginer ceux-ci, c'est-à-dire les mettre en images, les inscrire dans les " pièges " du tissu poétique. C'est là que s'impose la théorie chère à Baudelaire des " correspondances ". L'unicité réconfortante et l'infaillibilité absolue de l'image poétique sont les seuls et durables moyens d'exorciser la multiplicité dispersée et angoissante du monde.
UN HÉRITAGE:
Classique par conscience et formation, moderne par conviction et intuition, Baudelaire lègue à ses successeurs le modèle d'une poésie exigeante mais décisive. Précurseur du symbolisme des années 1870 par sa foi en l'imagination, qui symbolise, c'est-à-dire " accouple " les réalités dispersées, il fut aussi le premier inspirateur du surréalisme de 1920 par son goût du " bizarre " et du " merveilleux " enfouis au tréfonds du quotidien ou de nos rêves.
Référence: http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Fleurs/ |
Par oral, Vendredi 1 Juin 2007 à 23:53 GMT+2 dans LA POÉSIE BAUDELAIRIENNE (article, RSS)





